S – L’Asie

Après le résumé en Actes 12,24, on entre dans la sixième partie du livre des Actes qui se concentre sur la mission de Paul qu'on retrouve à Antioche après qu'il soit allé à Jérusalem pour y apporter une collecte (11,27-30 et 12,25)

Le récit de Luc est compliqué d'un point de vue historique : il est très difficile de donner des certitudes quant à la corrélation entre les Actes et les lettres de Paul. Par contre il est facile à suivre d'un point de vue littéraire et spirituel (c'est le but de Luc) : l'évangile ne s'arrêtera pas. C'est pourquoi les Actes suggèrent tellement l'évangélisation comme précisément dans ces chapitres.

Actes 13,4-12 - Séjour à Chypre

Les dirigeants de l’église (prophètes et enseignants) célèbrent le culte : littéralement ils servaient publiquement selon un mot qui a donné liturgie. Et ils jeûnent (cf Annexe 1).

Barnabas est nommé en premier aux v1-2 mais par la suite ce sera l'inverse (sauf en Actes 15). Avec Jean-Marc, ils partent à Chypre, terre natale de Barnabas (Actes 4,36). Barnabas et Saul sont expédiés ou accompagnés au dehors ou encore poussés dehors par le Saint-Esprit.

L'épisode de la rencontre avec le magicien Elymas qui devient aveugle sert à nous montrer que lorsqu'on refuse la prédication de l'Evangile, on ne peut comprendre ni Dieu (cf Luc 10,23) ni sa justice, ni même quel sens a l'existence du monde. Dans la bible, il y a ceux dont les yeux s'ouvrent et ceux qui deviennent aveugles. Paul agit avec Elymas comme Pierre avec Simon (cf Annexe 2). Cependant, malgré Elymas, le proconsul Sergius Paulus devint croyant.

Actes 13,13-52 - Départ pour Pergé et Antioche de Pisidie en Asie Mineure

Paul devient le dirigeant de l’expédition à partir de ce moment, comme l’indique l’ordre dans lequel sont cités les noms au v13. Jean Marc retourne à Jérusalem (et non à Antioche de Syrie), car sa mère y habitait (Actes 12,12). Ils ne s'arrêtent pas à Pergé1 pour prêcher :
- soit parce que Paul est malade (Galates 4,13 ?)
- soit parce qu'ils voulaient arriver au plus vite à Antioche de Pisidie, ville importante de Phrygie et centre de garnison militaire important.

Dans les synagogues, le Pentateuque était lu selon une séquence annuelle, et les Prophètes étaient lus en fonction de leur relation avec le passage du Pentateuque en question (13,15.27).

Le modèle d'évangélisation de Paul consiste à prêcher d'abord à la synagogue (13,16-41) puis aux non-juifs (13,46 cf aussi 13,5). Ce fut le modèle le plus efficace à l'époque. On ne peut utiliser une telle méthode aujourd'hui ! Il nous faut donc adapter notre évangélisation à notre entourage culturel, et même s'adapter à plusieurs cultures s'il le faut.

Le discours de Paul ressemble à celui de Pierre en Actes 2 : un discours destiné aux Juifs car l’accent est mis sur les prophéties messianiques et leur accomplissement en Jésus. Il insiste sur la résurrection (v32, la bonne nouvelle c'est à dire l’Évangile) et la justification des manquements à la loi de Moïse (13,37-39).

On pourrait accuser Luc de faire passer ses propres idées à travers les discours de Pierre et Paul. Mais la comparaison entre les discours lucaniens et les épîtres, en particulier celles de Paul, montre une fidélité à l'esprit de ces deux piliers de l'Église. Par exemple : Luc fait dire à Paul les v38-39 qui résument tout le discours. Il utilise deux fois le mot « justifié », concept central de la théologie de Paul.

Paul (et Luc) ne perd(ent) pas le but que sont les extrémités de la terre (Actes 1,8) lorsqu'il(s) rappellee(nt) des prophéties sur les nations (13,47) en prêchant aux païens. Mais l'hostilité des juifs à Antioche de Pisidie contraint Paul et Barnabas à se rendre à Iconium en secouant contre eux la poussière de leurs Pieds (cf Luc 9,5).

Les juifs contredisaient Paul avec des calomnies ce qui signifient qu'ils ne savaient pas comment le contredire. « Les insultes sont les raisons de ceux qui ont tort » disait Coluche. Paul et Barnabas sont, malgré tout, remplis de joie (Philippiens 4,6-7) et d'Esprit-Saint (13,52 ce qui rappelle Luc 6,22).

Actes 14,1-28 - Iconium, Derbé, Lystre

14,1-7 A Iconium, ils commencent « aussi » par la synagogue et ils divisent la ville en deux opinions opposées (Luc 12,51) : même message, même réaction ils sont persécutés et doivent partir.

14,8-18 A Lystre, Paul guérit un infirme comme Pierre en Actes 3 (cf Annexe 2). Barnabas et Paul sont considérés comme des dieux2 : Barnabas comme le dieu des dieux (Zeus) et Paul comme le porte parole des dieux (Hermès). Car c'est Paul qui prêchait. Il y avait une légende3 qui disait que Zeus4 et Hermès étaient déjà venus à Lystre sous forme déguisée et que personne ne leur avait offert l'hospitalité sauf deux paysans pauvres : Philemon et Baucis. Toute la population fut ravagée et seuls Philémon et Baucis restèrent vivant. Zeus les remercia en leur donnant comme rôle de garder le temple de Lystre. Quand ils moururent (ensemble), ils devinrent 2 arbres magnifiques (Philémon un chêne et Baucis un tilleul). mêlant leurs feuillages. Les habitants de Lystre ne voulaient pas recommencer la même erreur !

Cette histoire montre que le monde grec que veut évangéliser Paul est différent du monde juif de Jérusalem. Paul s'adapte : au lieu de commencer par les écritures et l'histoire du peuple juif (comme Pierre, Etienne ou lui-même auparavant au chapitre 13), il commence par les éléments de la nature (14,15). Or la religion grecque était basée sur la nature : chaque élément avait son dieu5.

14,19-20 La persécution des juifs les poursuit. Sur la lapidation de Paul, le texte occidental dit : Ses disciples l'entourèrent, et la foule partit. Le soir venu, il se leva avec difficulté et entra dans la ville.

14,21-26 Ils reviennent cependant sur leurs pas :
- pour affermir (mot qui veut aussi dire confirmer) les disciples qui sont restés après leur prédication.
- Et pour établir des responsables (anciens) car quand les directives font défaut, le peuple tombe (Proverbe 11,14). L'Eglise se contruit sur le modèle de la synagogue (c'était déjà le cas à Jérusalem : Actes 11,30). Le mode de désignation des anciens n'est pas d'une clarté absolue mais on peut quand même en retirer des principes intéressants 6.

14,27-28 Retour à Antioche et séjour long : pour se refaire une santé spirituelle ? En tout cas, le premier voyage a dû durer 1 à 2 ans entre 47 et 48/49

Pour méditer :
- La passion de Paul le pousse à prêcher. En résulte la persécution. A quoi dois-je m'attendre si je veux transmettre la bonne nouvelle de Jésus ?
- Quelle stratégie adopter pour toucher les gens dans le monde de notre temps ?- Comment puis-je actualiser et adapter, sans le dénaturer, le message de l’Évangile à notre temps et aux cultures qui m'entourent ? Quel vocabulaire employer ? Quelles idées mettre en avant ?
- Les hommes de ce temps prenaient modèle les uns sur les autres. Qui est mon modèle ? Qui est-ce que j'imite ?
- d'où vient ma joie ? Des résultats de ma mission ou de ma relation avec Jésus par l'Esprit-Saint ?


Notes

(1) Mais ils s'y arrêteront au retour (14,25)

(2) Luc les nomme apôtres au v14 (voir Annexe 3)

(3) Selon « Les Métamorphoses » d'Ovide (Poète latin né en 43 av JC et mort en 17 ap JC)

(4) Zeus qui est devant la ville c'est à dire la statue de Zeus à l'entrée de la ville

(5) C'est une religion panthéiste

(6) L'expression : Ils firent nommer pour eux (SER), leur ayant choisi (DRB), Ils leur désignèrent (JER, TOB, NBS, CHOUR) dérive d'un verbe grec qui signifie « lever la main » (pour approuver ou voter). On retrouve le même mot en 2Corinthiens 8,19 pour dire que Tite a été choisi par les églises pour accompagner Paul. En Tite 1,5 c'est Tite qui doit établir des anciens (pas de précision sur comment faire). Ainsi la désignation d'un ancien se fait par le choix d'hommes spirituels selon des critères bien définis (cf épîtres pastorales), mais l’église concernée doit pouvoir valider ou invalider ce choix. Cela ressemble à ce qui fut fait en Actes 6,3-5 où ce sont les grecs qui choisissent et les apôtres qui approuvent (6,6). Le jeûne et la prière interviennent encore (14,23).

2 Comments on “S – L’Asie

  1. On voit encore en Actes 13 le Saint-Esprit comme une personne qui nous parle. Ici il désigne des personnes. C’est fort ! Peut on encore aujourd’hui avoir une relation si forte avec l’Esprit Saint ? Cela demande beaucoup d’humilité et de prière.
    Quel est le rôle des prophètes au temps des actes ? Et aujourd’hui ?

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