Dieu est Père


Personne n’a jamais vu Dieu ;
Dieu Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l’a dévoilé.

Jean 1,18


 Dieu est donc à la fois Père et Fils. Entre eux règne un Esprit de sainteté. Les théologiens qui parlent de trinité nous expliquent que Dieu est un en trois personnes1. Seulement aujourd'hui nous ne comprenons pas le mot « personne » comme on le comprenait aux 3ème ou 4ème siècle. Peut-être pourrait on dire que Dieu a trois personnalités. Il ne s'agit pas de trois façons de se manifester aux yeux des hommes2, mais de trois manières d'être réellement, qu'il y ait des hommes ou non.

Mais pourquoi se casser la tête avec ce genre de réflexion ? Tout le monde sait bien que la trinité est un concept bien trop complexe pour le commun des mortels ! Eh bien nous pouvons tout à fait réfuter une telle affirmation : même si c'est un peu complexe, en réalité il est utile de chercher à comprendre ce qu'est la trinité car si nous voulons savoir en quoi Dieu est le Père nous ne le pourrons pas sans en passer par cette réflexion.

Lorsque nous lisons dans la Bible, par exemple dans les salutations de Paul aux églises ou aux personnalités auxquelles il écrit, que Dieu est « notre Père », tout comme nous le disons lorsque nous prions (Matthieu 6,9), nous avons tendance à projeter sur Dieu notre image d'un père humain. La lettre aux hébreux (12,7) pourrait aussi nous faire penser ainsi. Nous pensons que Dieu mérite le titre de Père parce qu'il nous a créés.

Et pourtant Dieu est Père (mais aussi Fils et Esprit) de toute éternité. Dieu est Père avant l'humanité. Mais alors, de qui est-il le Père ? Eh bien Dieu est le Père de son Fils3. Peut-on faire plus simple ?

Mais n'est-il pas notre Père qui est aux cieux dont le nom doive être sanctifié... ? Bien sûr que si ! Mais c'est parce qu'il est Père depuis toujours que Dieu est notre Père : ce n'est donc pas parce qu'il nous a créé qu'il est devenu Père mais parce-qu'il est Père qu'il nous a créé (cf Ephésiens 3,14-15). La nuance et importante : Dieu est Le Père. Si l'on ne pense pas ainsi alors Dieu est un père célibataire puisqu'Adam n'aurait pas de mère3. Être Père fait partie de la personna-lité de Dieu, non des conséquences de son action dans ce monde.

Ainsi les hommes ne sont pas fondamentalement les enfants de Dieu. Ils sont des êtres créés, des créatures. Mais Dieu veut en faire des enfants. Il veut les adopter (Galates 4,5 ; Ephésiens 1,5) en leur donnant son Esprit (Romains 8,15.23). Il veut qu'un jour ses fils (adoptifs) soient révélés comme tels (Romains 8,19), mais le processus n'est pas terminé, il est en marche, et ne s'achèvera que quand viendra la fin (1Corinthiens 15,20-28).

Parfois on critique la doctrine de la trinité en l'accusant de créer trois dieux. On l'accuse en somme de créer du désordre dans l'unité de Dieu. Mais en réalité c'est parce que Dieu est à la fois Père et Fils qu'il y a unité en Lui. Et c'est de l'unité entre le Père et le Fils que surgit l'Esprit. Les théologiens disent que l'Esprit procède du Père et du Fils. Or c'est l'Esprit qui nous permet de nous appeler enfants de Dieu (Romains 8,16), et non notre statut de créature4. Ce n'est que parce-que Dieu est fondamentalement tout à la fois Père, Fils et Esprit que nous, créatures, pouvons, sous certaines conditions, prétendre à l’appellation d’enfants de Dieu.

Pour méditer :

- Ai-je compris pourquoi Dieu est le Père ?

- Est-ce que je saisi en quoi la trinité est essentielle à ma compréhension de la personnalité de Dieu ?

- Est-ce que je veux devenir un enfant de Dieu ?


Notes

1 C'est Tertullien qui, au début du IIIe siècle, a parlé (ou plutôt écrit) le premier de « Tres personae » pour décrire Dieu : « Contre Praxéas » XII.2. Le latin persona veut dire « face, figure, masque (théâtre), rôle ».

2 Sabellius, un théologien d’origine libyenne, actif à Rome pendant le 3e siècle, voyait Dieu comme une « monade » c'est à dire un principe indépendant du monde, à l'intérieur de laquelle se réalisait une unité si étroite entre le Père et du Fils qu’on pouvait appeler cette unité « filspère » (̔̔ὑιοπάτερ). Cette façon de voir la trinité qui s'est ensuite appelée modalisme ou sabellianisme a été condamnée par le concile de Nicée-Constantinople en 381. Mais c'est tellement subtile que parfois des convictions modalistes ont resurgi sans que personnes ne s'en rende compte et au contraire des théologiens furent accusés d'être modalistes alors qu'il ne l'étaient pas (par exemple l'église latine a longtemps suspecté l'église grecque de modalisme avant de se rendre compte qu'il n'y avait qu'un problème de traduction grec/latin).

3 Il est peut-être utile de se demander aussi si Dieu ne pourrait pas être appelé « Mère ». A l'heure de l'égalité entre homme et femme, c'est une question intéressante. Dans l'antiquité, à la suite des stoïciens (que Tertullien suivra), on considérait que le Père était celui qui apportait, par la semence spermatique, toute la personnalité (âme et corps) de l'être humain. La femme était une sorte de réceptacle permettant le développement de l'enfant comme si le sperme du père était la pâte d'un gâteau tandis que le ventre de la mère était le four nécessaire à la cuisson. Chez les juifs, si après dix ans de mariage on n'avait pas d'enfant, c'est que le four était défectueux et on pouvait en changer (malgré les exemples bibliques nombreux de femmes stériles qui enfantent tardivement par la foi). Ainsi le père était celui qui amenait la ressemblance. Avec une telle façon de considérer l'embryologie, pour les auteurs bibliques et les Pères de l'église ensuite, le Fils ne pouvait être avant tout que fils de son Père. Aujourd'hui nous savons que pour faire un fils d'homme, il faut une mère et un père pour apporter chacun pour moitié du capital génétique du futur enfant. Si les auteurs bibliques avaient eu cette connaissance, peut-être (mais il y a probablement d'autres barrières culturelles qu'il leur aurait fallut surmonter) auraient-ils considéré Dieu comme Mère, ou à la fois Père et Mère. Esaïe 42, 14 fait parler Dieu en ces termes : « Depuis toujours je garde le silence, je me tais, je me contiens ; comme une femme en travail je gémis, je suffoque et je suis haletant ». Quelques siècles plus tard, Clément d'Alexandrie écrivait d'ailleurs que si Dieu est Père, sa tendresse le fait ressembler à une Mère. Plus impressionnant encore : l'évangile de Jean (1,18) nous explique que le Fils unique de Dieu est « dans le sein du Père », qui du coup a les attributs... d'une Mère ! Donc, même si culturellement nous n'en n'avons pas l'habitude, Dieu ne dédaignerait probablement pas qu'on le prie en disant : « Notre Mère qui es aux cieux... ».

4 Lorsque la créature veut être semblable (Genèse 3,5), ou pire, prétend être semblable à son créateur (Jacques 4,16 ; 1Jean 2,16), elle devient présomptueuse et tombe dans ce que la Bible appelle le péché.

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