Un chrétien peut-il se faire tatouer ?

Question :

Un chrétien peut-il se faire tatouer ? cette question m'interpelle. 
Merci pour ton attention

Sebastien


Éléments de réponse :

1928Vous ne ferez pas d’incisions dans votre chair pour un mort
et vous ne vous ferez pas de tatouage.
Je suis le SEIGNEUR (YHWH).

Ce passage est une prescription du code de sainteté du Lévitique (chapitres 17 à 26). Au cœur des prescriptions de la Torah, les commandements de ce code sont parmi les plus importants de la pratique juive, et ils ont fait l’objet de nombreux commentaires.

Il est important de se rappeler ce qui motiva les prêtres à écrire le Lévitique : ils voulaient que les pratiques du peuple de Dieu se différencient de celles des nations alentours tels l’Egypte ou Canaan (cf. Lévitique 18,3.24-25 - le tatouage avait peut-être en Egypte une signification en rapport avec des funérailles ou le deuil). La Loi juive avait pour but de préserver la sainteté du peuple, c’est à dire sa différence. C’était une manière pour יהוה (Yahwhé) de démontrer non pas qu’il est un dieu « supérieur » mais un Dieu « autre » (Ésaïe 40,18) ce que traduit le mot : « saint »

Mais Jésus et les prophètes ont relativisé l'importance de la loi religieuse, pour montrer que le fondement de la pureté ou de la sainteté est d'abord un affaire de cœur (Marc 7,14-23). On sait que, bien qu’il ait eu des disciples qui le suivirent, Jésus n’a pas imité les rabbis (maîtres) contemporains en créant une école de la Torah et en débattant sur les modalités de mise en pratique des commandements. C’est sur les questions du Sabbat puis du rôle du temple semble-t-il, que s’est cristallisée l’incompréhension entre les responsables religieux et Jésus. Marc 3,6 et 11,18 expliquent même que ces occasions furent probablement celles qui poussèrent les autorités du temples (saducéens) et les pharisiens à planifier l’élimination de ce prophète très gênant.

Évidemment, le sabbat et le temple étaient deux piliers majeurs du judaïsme du second temple. Mais Jésus n’en avait que faire. Ce n’est pas seulement de la provocation pour la provocation mais pour faire comprendre que la dimension spirituelle de l’homme ne passe pas par l’apparence des actions religieuses et l’apparat de lieux symboliquement forts, mais plutôt par la transformation de l’homme intérieur (Matthieu 23,25). Pour Jésus négliger l’homme intérieur est bien plus destructeur pour soi-même, pour les autres et pour notre relation avec Dieu que n’importe quel manquement à la Loi. Quand la relation est mise en danger par la religion, ce n’est pas la religion qui doit gagner ! L’amour (de Dieu, de soi-même et des autres) devient le principe qui permet de donner sa valeur à un choix, quel qu’il soit.

J’ai fait ce détour par le Sabbat et le temple afin de montrer que finalement cet unique commandement de ne pas se faire tatouer est doublement obsolète :
1/ parce qu’aujourd’hui le tatouage n’a pas la signification religieuse qu’il avait à l’époque du Lévitique. En tout cas, il n’a pas plus de signification religieuse que de ne pas se faire tatouer.
et 2/ parce que si le temple ou le sabbat ont été « négligés » dans la doctrine de Jésus, combien plus le tatouage doit-il l’être !

Certes Jésus a bel et bien dit que « Celui donc qui violera l’un de ces plus petits commandements et qui enseignera aux gens à faire de même sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux » (Matthieu 5,19). Cependant Jésus a accompli la loi (v17), non pas seulement en « faisant » ce qu’elle demandait mais surtout en la rendant parfaite (et donc en la modifiant).

La question qui se pose alors est celle-ci : à quoi sert il alors de lire le Lévitique, et même toute la Bible hébraïque ? Et bien c’est essentiel, non pas pour savoir ce qu’il faut faire, mais pour comprendre l’évolution de la pensée des auteurs bibliques dans leur recherche de Dieu et de la sainteté jusqu’à Jésus. Car les auteurs de l’Ancien Testament tentaient de répondre par leur propres moyens (moyens qui plaisaient à Dieu dans leur contexte) aux questions spirituelles qu’ils se posaient mais c’est Jésus qui, au temps prévu leur a répondu de manière définitive (Ephésiens 1,10 ; 1Pierre 1,10-12).

La réponse à la question initiale est donc celle-ci : dans un certain contexte de recherche et de démonstration de sainteté dans les apparences, le tatouage a pu être inconvenant. Aujourd’hui, dans le contexte ou Jésus est ressuscité, la sainteté se trouve dans l’amour (pour Dieu, pour soi-même et pour les autres), et le tatouage, tant qu’il n’est pas une démonstration contraire à cet amour, ne pose aucun problème. Il se pourrait même qu’il puisse être une bonne chose parfois.

Une remarque complémentaire : ceux qui voudraient sous un prétexte religieux interdire à leurs proches de se faire tatouer, ou qui jugeraient négativement ceux qui le sont déjà, ont probablement un problème de compréhension quant à l’utilité de la Bible. Celle-ci n’est (absolument) pas un manuel du bon juif ou du bon chrétien. Elle a pour but de nous permettre de cheminer avec ceux qui ont cherché Dieu depuis des centaines voire des milliers d'années et qui ont été guidés par l’Esprit-Saint jusqu’à nous faire découvrir où se cache la Parole de Dieu : dans la vie, la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Certainement pas dans des préceptes aussi peu porteurs de sens que se faire tatouer ou non.

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