Usurpation du divin – Genèse 4

En Genèse 4 c’est l’histoire de Caïn et Abel qui nous est rapportée. Les deux frères font des choix différents : Abel le plus jeune devint berger de petit bétail et Caïn l’aîné cultivateur. Tous deux désirent apporter à Dieu des offrandes. A ce point du texte me frappe l’une des phrases les plus énigmatiques de toute la Bible :

Le SEIGNEUR porta un regard favorable sur Abel et sur son offrande ;
mais il ne porta pas un regard favorable sur Caïn ni sur son offrande.1.

Aucune explication n’est donnée quant à cette préférence de Yahwè. Le lecteur n’est pourtant pas laissé à sa seule interprétation de la préférence de Dieu : en effet Caïn apporta du fruit de la terre quand Abel apporta des premiers nés de son bétail. Caïn fait une offrande, comme ça, en passant. Abel choisit d’offrir le meilleur. Quand Abel donne le meilleur de lui-même, Caïn garde le meilleur pour lui-même. Est-ce en lien avec son nom ? קַ֔יִן qayin dérive d’un verbe qui veut dire produire ou bien acheter/acquérir. Ce verbe se trouve au v1b quand Eve dit :

J’ai produit un homme avec le SEIGNEUR.

On pourrait traduire « j’ai acquis ». Quelle que soit le sens du verbe qu’on choisit, il y a de la part d’Eve un désir de possession sur son fils, qu’elle a « produit » elle-même, qu’elle a « acquis » par son « travail » de femme enceinte et par l’accouchement. Et plus tard ce fils pense comme sa mère que tout s’achète… même la satisfaction de Dieu.

Et quand ça ne marche pas, la frustration est telle que faire sortir de sa vue ce frère cadet qui suscite une jalousie non seulement par sa réussite mais par son existence même, semble être la seule solution. De toute façon il s’appelait Abel, c'est-à-dire vapeur2, il ne devait donc faire qu’une petite apparition sur cette terre !

Quel est le rapport de tout ça avec notre problème écologique ?
Lorsque Caïn tue Abel, Dieu lui dit (v10) :

Le sang de ton frère crie de la terre jusqu’à moi.

Dans la Bible Hébraïque, le sang c’est la vie3. Ainsi le sang, c'est-à-dire la vie, crie de la terre. Ce n’est pas la terre ou la nature qui crie. C’est la vie, en particulier celle d’un humain et elle crie vers Dieu. Il se peut que lorsqu’un homme ou une femme meurent ce soit dans l’indifférence générale. Mais Dieu entend le sang qui crie. La mort d’un humain tué par un autre humain est un cri qui résonne aux oreilles de Dieu. La guerre, la faim, la soif, des maladies pourtant faciles à soigner… imbibent la terre de sang qui crie à Dieu.
Or les dérèglements climatiques produisent déjà et produiront à grande échelle des mouvements de population, de la faim, de la soif, des maladies. Pour survivre, des peuples devront prendre à d’autres ce qui leur appartient. Les dérèglements climatiques engendreront des guerres. Participer au dérèglement climatique c’est s’appeler Caïn, celui qui produit et qui achète, sans se demander quelles en sont les conséquences, et qui refuse d’accepter que le créateur puisse regarder défavorablement son attitude et l’avertir des conséquences d’un non-changement.


Notes

1- Genèse 4,4b-5a

2- C’est le même mot qui revient tout au long de l’Ecclésiaste (exemple : 2,11).

3- Deutéronome 12,23