Comment peut-on connaître le contenu du dialogue de Jésus avec les malfaiteurs sur la croix  ?

Question :

Je me suis toujours demandé comment on a pu retranscrire ces échanges que Jésus a eu avec ces malfrats sur la croix. Il devait y avoir des cris, des pleurs, des acclamations, et ils ne devaient certainement pas être proches de Jésus, puisqu'il y avait des gardes pour éviter qu'on libère les crucifiés. Donc entre la distance et tout le brouhaha qu'il devait y avoir, comment a-t-on pu savoir ce qui s'était dit entre eux trois ?

Laurence


Texte à lire :  Luc 23,32-43


Éléments de réponse :

Marc et Matthieu (27,38-44) sont beaucoup plus succinct que Luc. Ils ne rapportent que le fait de la crucifixion de deux autres voleurs (λῃστάς - lèistas) qui insultaient Jésus, comme la foule. Luc mentionne deux malfaiteurs ou faiseurs de mal (κακούργους - kakourgous) avec tout un dialogue.

Les récits de Marc et Matthieu ont pour objectif de montrer que le monde entier est contre Jésus et cela sans condition de dignité : la foule comme les prêtres est dans le même mouvement que les voleurs : ils ne comprennent pas ce qui se passe. Tout le monde est dans le même sac si on peut dire ainsi.

Comment est-il possible que l’évangile de Luc rapporte un dialogue entre Jésus et les kakourgous ? Qui pouvait donc bien être là pour entendre puis se rappeler ou écrire ces choses là afin que 45 ou 50 ans plus tard Luc puisse inclure ce dialogue dans son récit ?

Il est important ici de comprendre la nature de l’écrit de Luc. C’est un évangile. Un document qui se base sur des sources historiques non pas pour raconter l’histoire de Jésus (même si, au final il écrit quand même une histoire de Jésus, mais ce n’est pas l’objectif premier de l’évangéliste) mais pour prêcher Jésus.

Selon la théorie des deux sources (théorie sur la composition littéraire des évangiles qui fait une quasi-unanimité), quand Luc écrit, il se base sur Marc et sur une autre source qu’on appelle Q (que Marc ne connaissait pas, et que Matthieu a aussi utilisé) mais il y ajoute d’autres sources. Luc n’était pas lui-même à Gethsémané. Il n’était peut-être même pas encore né en l’an 30 lors de la crucifixion de Jésus ! Mais comme il l’écrit lui-même en Luc 1,1 il compose un récit. Il utilise un verbe qui veut dire composer (par écrit), mettre en ordre, classer des documents pour raconter.

Comme je le dis dans l’article précédent, ce genre de question n’est pas la plus importante. Ce qui importe est le message. Mais si l’on veut absolument justifier que la chose était possible, alors on se reportera à Jean 19,25-27 : selon cet évangile, il y avait bel et bien des proches de Jésus à une portée de voix de la croix.

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