Comment se soumettre à Dieu ?

Question : que veut dire se soumettre à Dieu ?

Laurence


Pour méditer cette question, lire Hébreux 12,1-13 et Jacques 4,1-10


Éléments de réponse : Dans la lignée de la question sur le principe de soumission en Éphésiens 5, on peut s'interroger sur ce que veut dire se soumettre à Dieu avant de se demander ce que veut dire se soumettre aux autres.

Il n'existe pas beaucoup d'écritures du Nouveau Testament appelant les chrétiens à se soumettre à Dieu. Nous allons en lire deux :

Hébreux 12,9 nous explique que nous devons nous soumettre à Dieu mieux que nous l'avons fait à notre propre père. Et cela est lié au concept de correction. Or celle-ci est mise dans le contexte des glorieux ancêtres dans la foi (chapitre 11) et de Jésus lui-même (cf Hébreux 5,8). La correction n'est donc pas une sanction mais un outil de sanctification (Hébreux 12,10b) un mot religieux pour dire que Dieu veut nous faire grandir spirituellement. Dans la pratique, il faut comprendre cet appel comme une exhortation à accepter les circonstances de la vie quelles qu'elles soient, dans la confiance que Dieu est là, comme il l'a toujours été avec ceux qui malgré leur foi, souffrent (cf livre de Joseph, Ruth, Esther, Job, Jérémie, exemples de Paul et autres, etc...).

Jacques 4,7 appelle à se soumettre à Dieu ce qui revient à s'opposer au diable et le faire fuir. Nous l'avons vu, le but de Dieu est de nous faire atteindre la maturité. Par une série d'impératifs exhortatifs, ce passage appelle les auditeurs à un chemin radical : soumettez-vous, résistez au diable, approchez-vous, lavez vos mains, purifiez vos cœurs, reconnaissez, prenez deuil, pleurez, humiliez-vous... Pour résumer l'argumentation de Jacques : fonder sa vie sur soi conduit au malheur, tandis que la fonder sur les valeurs de Dieu (humilité, vulnérabilité, honnêteté, pureté, amour des frères et des pauvres ...) par la force que Dieu donne quand on s'approche de lui, c'est accomplir sa volonté (cf Romains 10,3).

Ces deux passages sont intenses autant dans leur formulation que dans ce qu'il nous demandent de mettre en pratique. Or la pratique de la soumission à Dieu telle qu'elle est formulée ici n'a rien d'un rituel religieux : c'est un appel à l'action guidée par une spiritualité choisie, libre, autonome. La soumission à Dieu est un concept renversé (comme beaucoup de concepts dans le nouveau testament) qui nous permet d'être libres (Jacques 2,12) ! Il ne s'agit donc pas d'aliénation, de soumission à des règles, mais d'Esprit-Saint (2Corinthiens 3,17), d'éthique et d'amour. La liberté de la soumission à Dieu c'est de se débarrasser de ses pulsions naturelles (Romains 8,7) pour aller vers celles de l'Esprit (Galates 5). Mais cela n'est possible que dans une relation d'amour avec Dieu. Or une relation c'est un consentement mutuel, un engagement réciproque, une alliance, (d'où la jalousie en Jacques 4,5) entre deux êtres (ici un divin et un humain) qui en sont capables. La soumission à Dieu c'est donc paradoxalement une autonomie à l'intérieur d'une relation d'amour avec Lui, et non une soumission à une loi divine.

Être autonome veut dire « se donner à soi-même sa propre loi ». Peut-on dire, sans devenir hérétique, qu'un chrétien est autonome, c'est-à dire qu'il se donnerai sa propre loi à lui-même ? Grâce à Christ nous obtenons la liberté vis à vis des pulsions, des désirs et des envies (2Pierre 2,19). Par sa grâce nos échecs sont compensés. En devenant chrétien, lorsqu'on vit une véritable conversion (c'est à dire un renversement, un retournement, un chamboulement...) nous n'avons plus besoin de loi pour nous dire ce que nous devons faire (Galates 3,23-27). Nous sommes autonomes, car nous savons ce qui est bon : l'amour (Galates 5,13-14 – Matthieu 22,34-40). Nous sommes nous-mêmes capables de nous donner nos propres loi en fonction de ce qu'exige l'amour. Mais si Dieu nous laisse accéder à cette autonomie, il est conscient que nous sommes faibles, et incapables d'accomplir ce qui relève de l'amour sans sa force (Colossiens 1,9-11). En ceci nous sommes soumis à Dieu : ce que je veux accomplir dans l'amour, sans relation à Dieu, je ne peux l'accomplir.

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