Un autre paraclet

Qui est le Saint Esprit ?

En Jean 14,16 Jésus parle d'un autre paraclet. En effet Jésus et l'Esprit sont tous deux des paraclets. Dans les traductions françaises, le terme grec parakletos est traduit par :
- celui qui doit vous venir en aide (BFC)
- défenseur (NBS)
- consolateur (SER)
- paraclet (TOB, JER)1

En grec Paraclet est un terme juridique, qui caractérise celui qui défend, qui plaide en faveur, qui protège. Pour Jean2 l'Esprit fait partie du milieu juridique et est capable de comprendre les enjeux au jour du jugement.

Dans les passages assimilant le paraclet à l'Esprit, le mot esprit (qui est neutre en grec) est accompagné chez Jean d'un pronom masculin3 qui fait contraste. Il signifie par là que l'Esprit n'est pas une simple force4. C'est une des raisons qui ont poussé les théologiens à parler de l'Esprit comme d'une « personne » dans le sens du mot latin « persona »5 qui veut dire « face, figure, masque (de théâtre), rôle ». Ce concept n'est pas explicitement d'origine biblique, mais est le fruit de la réflexion des Pères6 de l'Église sur la nature de l'Esprit Saint dans les Écritures.

Personne ne s'était posé de questions sur la nature de l'Esprit-Saint jusqu'au milieu du IVe siècle, jusqu'à ce que certains théologiens7 mettent en doute sa divinité. Pourtant l'Écriture attribue à l'Esprit des prérogatives et des activités propres à Dieu :

- Tout d'abord8, l'Esprit vient de Dieu (1Corinthiens 2,12) et, comme le Père et le Fils, il est unique (1Corinthiens 12,4-6). Ensuite ses activités sont celles de Dieu : il sanctifie (1Corinthiens 6,11), il régénère (Tite 3,5, Psaume 104,30), il vivifie (c'est à dire il donne la vie : Jean 4,14, Jean 6,63, Romains 8,11), il marque de son onction et de son sceau (Esaïe 61,1, Ephésiens 1,13, 1Jean 2,27), il rend les créatures participantes à la divinité (1Corinthiens 3,16-17, 1Jean 4,13). Bref , « celui qui unit la créature à la Parole, ne peut pas être lui-même du nombre des créatures »9. En effet en se basant sur Amos 4,13, certains chrétiens égyptiens voulaient prouver que l'Esprit est une créature.

- Ensuite10 l'Esprit est Saint. Or la sainteté est propre à Dieu (Apocalypse 15,4). Il partage avec le Fils le nom de « paraclet » (Jean 14,26), il est Seigneur (2Thessaloniciens 3,5 ; 2Corinthiens 3,17-18), il libère du péché (Romains 8,2). Il participe à la création (Psaume 33,6) et à la sanctification des croyants (1Corinthiens 6,11). Il envoie des apôtres (Actes 13,2). Il conduit à Dieu qui est vérité (Jean 16,15). Il intercède pour nous (Romains 8,26-27). Le tenter c'est mentir à Dieu (Actes 5,4,9). On peut blasphémer contre lui (Matthieu 12,32).

- Par ailleurs cette « personne » est douée de sentiments, d'émotions puisqu'on peut attrister l'Esprit (Éphésiens 4,30). Il a également sa propre volonté, ses propres intentions (Actes 16,7 ; Romains 8,27). On peut s'opposer à Lui (Actes 7,51). Et il peut même concevoir (Matthieu 1,18) ! Grâce à cela, il a une histoire, c'est à dire une interaction avec la création11.

- Enfin, l'Esprit est éternel (Hébreux 9,14). Or, seul Dieu est éternel.

On peut en conclure logiquement, et sans doute possible, que l'Esprit est divin. Il est Dieu. Cette conclusion est celle du concile de Constantinople en 381. Il avait été réunit entre autres pour trancher cette question.

Mais alors, le Christianisme serait-il donc un nouveau polythéisme12 avec trois dieux ? Ne dit-on pas que Dieu est Un ? Oui, Dieu est Un (uni et unique - Deutéronome 6,4 ; Marc 12,29), mais il est aussi pluriel : « Au commencement Dieu [אֱלֹהִים - Elohim] créa le ciel et la terre » (Genèse 1,1). Elohim est au pluriel. Et en Genèse 1,26 « Dieu dit: Faisons13 l'homme à notre image ... », formule dans laquelle le verbe faire est à la première personne du pluriel.

Il est difficile de clairement définir le « mécanisme » qui fait que l'Esprit est Dieu, cela est probablement au delà de ce que nous pouvons comprendre par la raison. Cependant, pour imager ce concept on peut considérer la molécule d'eau. Que l'eau soit sous forme liquide, solide (glace) ou gaz (vapeur), elle est toujours constituée des mêmes molécules : H2O 14.

Naturellement, on a tendance à considérer que le Père est supérieur au Fils (Jésus-Christ) lui même supérieur à l'Esprit. C'est ce que nous percevons en pensant que le Père vient avant le Fils et a une autorité sur Lui comme notre propre père nous a précédé et a au une autorité sur nous. Par ailleurs, l'Esprit semble envoyé par Jésus et semble donc lui être subordonné. Et l'ordre de la formule trinitaire de Matthieu 28,18-20 peut faire penser ainsi. Or dans la Trinité, les trois sont un (1Jean 5,7-8) et agissent parfaitement ensemble (comparer Genèse 1,2 ; Jean 1,1-3 ; Psaume 33,6). Dieu est par nature relation parfaite. C'est pourquoi on peut dire que Dieu est amour15 (1Jean 4,8,16). Aucune des trois personnes n'est supérieure ou inférieure, chacune dans l'harmonie parfaite joue son rôle divin16. Lorsqu'on parle de Dieu, on parle de l'ensemble « Père – Fils – Esprit ».

Questions pour méditer

- Est-ce que je connais ou veux connaître l'Esprit autant que je connais le Père ou Jésus ?
- Ai-je une vision biblique de Dieu : le Père, le Fils et l'Esprit-Saint ?
- Est-ce que pour moi l'Esprit-Saint est une personne au même titre que Jésus ?
- Est-ce que j’aime l'Esprit-Saint ?

 


Notes (nombreuses, vu la complexité du sujet)

1 Dans ce cas il ne s'agit as d'une traduction, mais plutôt d'une transcription, c'est à dire d'une « francisation » du grec (comme le mot baptême est une transcription du grec baptisma qui décrit une immersion, un enveloppement).

2 Jean 14,16.26 ; 15,26 ;16,7 ; 1Jean 2,1 - Pour les plus théologiens, on parle de littérature johannique.

3 En Jean 14,26 ; 15,26 et aussi 16,8 et 16,13 - Voir J.P. Lemonon dans « L'Esprit-Saint... tout simplement » Editions de l'Atelier, 1998, p77.

4 Comme le disent les témoins de Jéhovah, ou comme semble le suggérer la saga « Star Wars ».

5 C'est Tertullien qui, au début du IIIe siècle, a parlé (ou plutôt écrit) le premier de « Tres personae » pour décrire Dieu : « Contre Praxéas » XII.2.

6 Les Pères de l'Église sont des auteurs anciens qui ont contribué à la clarification de la pensée chrétienne après la période apostolique. Ont peut les assimiler à des didascales (docteurs ou enseignants) au sens d'Ephésiens 4,11, même si certains théologiens refusent qu'on fasse l'amalgame entre « docteur » et « père ». Ils ont en tout cas grandement influencé (souvent en bien, parfois en moins bien) la compréhension des écritures. Leur lecture est intéressante, surtout pour les Pères dits anté-nicéens (ceux qui vivaient et écrivaient avant le concile de Nicée présidé par l'empereur romain Constantin en 325) ; en effet nous pouvons avoir à travers eux une idée de la pensée de l'église avant quelle ne devienne la religion de l'état romain.

7 Les ariens de deuxième génération, les tropiques égyptiens et les pneumatomaques d'Orient : voir B. Sesboué, J. Wolinski, « Histoire des dogmes tome I, le Dieu du Salut », Desclée, 1994 ; p262.

8 Le raisonnement qui suit est celui d'Athanase d'Alexandrie (début IVe siècle).

9 Athanase, Lettre à Sérapion I.25 ; cité par : B. Sesboué, J. Wolinski, « Histoire des dogmes tome I, le Dieu du Salut », Desclée, 1994 ; p 265.

10 Le raisonnement qui suit est celui de Basile de Césarée dans « Sur le Saint-Esprit » en 375 ap JC, ouvrage qui reprend et développe « Contre Eunome », qu'il avait écrit précédemment pour réfuter les thèses d'Eunome, un disciple d'Arius de deuxième génération.
Arius était prêtre d'Alexandrie, au début du IVe siècle, dans le quartier du port. Vers 318 ou 320, Arius entre en conflit avec l'évêque d'Alexandrie, qui s'appelait alors Alexandre. « Arius, écrit Sozomène, avait osé déclarer en pleine église que le fils de Dieu avait été créé du néant, qu'il y avait eu un temps où il n'était pas, qu'il était capable à volonté de vice et de vertu, qu'il était une créature et un ouvrage ». En gros, il réfutait que le Christ et a fortiori  l'Esprit soient de nature divine.

11 Voir les articles sur l'histoire de l'Esprit.

12 C'est ce que reprochent les autres religions monothéistes (judaïsme et islam) au christianisme.

13 Les hébraïsants ont tous un jour ou l'autre travaillé sur נַעֲשֶׂה Racine עשׂה « faire » mode qal conjugaison yiqtol 1ère personne (masculin ou féminin) du pluriel.

14 Cette image reste imparfaite si l'on veut rester dans l'orthodoxie du concile de Nicée-Constantinople car expliquer la Trinité de cette manière revient à une hérésie appelée « modalisme » qui consiste à dire que les trois personnes de la Trinité sont des façons d'être de Dieu, des « modes » de manifestation de Dieu. Cependant les conclusions des deux premiers Conciles œcuméniques (Nicée en 325 et Constantinople en 381) sont elles mêmes peu claires et en contradiction l'une avec l'autre. Le mieux en matière de théologie Trinitaire est de rester simple en respectant de la même manière les trois personnes sans chercher à expliquer absolument ce qu'elles sont. En effet ce n'est pas cela qui change notre vie.

15 L'amour a pour propriété de s'exprimer hors de soi. Si Dieu n'est pas pluriel, il ne peut être amour.

16 Bien sûr, on pourrait développer sur ce thème des relations dans la trinité, mais le but ici est de se concentrer sur la personne de l'Esprit-Saint en particulier.

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