Question 3 (suite)

De quel sacrifice s'agit-il ?

La théologie de la satisfaction nous explique le sacrifice de Jésus comme un sacrifice rituel : par le don de sa vie, le Fils apaiserait la colère de son Père (1). Nous avons vu dans l'article précédent que faire de la mort du Christ un sacrifice rituel est une interprétation des écritures donnant une description perverse de l'amour de Dieu. Il est théologiquement plus juste de considérer le sacrifice de Jésus comme un sacrifice héroïque. Quelles sont alors les conséquences d'une telle théologie sur notre vie de tous les jours ?

La première c'est que Dieu n'a que faire du rituel si notre cœur n'est pas proche de Lui :

Esaïe 1,11 Qu'ai-je à faire de la multitude de vos sacrifices ? dit le SEIGNEUR. Je suis rassasié des holocaustes de béliers, et de la graisse des bêtes grasses ; je ne prends pas plaisir au sang des taureaux, des agneaux et des boucs. 12 Quand vous venez pour paraître en ma présence, qui vous demande de fouler les cours de mon temple ? 13 Cessez d'apporter des offrandes inutiles : l'encens est pour moi une abomination ; quant aux nouvelles lunes, aux sabbats et aux convocations, je ne supporte pas le mal avec les assemblées solennelles. 14 Je déteste vos nouvelles lunes et vos rencontres festives, elles me pèsent ; je suis las de les supporter. 15 Quand vous tendez les mains, je ferme les yeux pour ne pas vous voir ; quand bien même vous multipliez les prières, je n'entends pas : vos mains sont pleines de sang.

1Samuel 15,22 Samuel dit [à Saül] : Le SEIGNEUR prend-il autant plaisir aux holocaustes et aux sacrifices qu'à l'obéissance de celui qui écoute le SEIGNEUR ? Ecouter vaut mieux que les sacrifices, prêter attention vaut mieux que la graisse des béliers. 23 Car la rébellion vaut le péché de divination, et la résistance vaut le recours illicite aux teraphim. Puisque tu as rejeté la parole du SEIGNEUR, il te rejette aussi : tu ne seras plus roi.

Osée 6,6 ... je ne prends pas plaisir aux sacrifices, mais à la fidélité ; je préfère aux holocaustes la connaissance de Dieu.

Il faut remarquer que ces paroles sortent de la bouche des prophètes dont le rôle est de ramener le cœur du roi et du peuple vers Dieu. Esaïe (2) et Osée (3) sont parmi les plus anciens prophètes « écrivains » et Samuel est considéré comme le dernier juge et le premier prophète du temps des rois. Rappelons-nous encore du sacrifice d'Isaac refusé par Dieu (Genèse 22).

Les sacrifices rituels n'ont pas d’intérêt pour Dieu. Si Dieu demande des sacrifices, ce n'est pas pour se satisfaire lui-même, mais pour former notre cœur : pour nous amener à la foi. En effet donner la dîme, ou donner pour le péché, ou donner par reconnaissance, teste notre confiance en Dieu. Sacrifier c'est bon pour nous, mais ne provoque aucun changement en Dieu (Jacques 1,17). Comment peut on croire qu'un sacrifice peut apaiser Dieu ? C'est ne pas connaître qui il est. Lisons un extrait de la Lettre à Diognète (4)  datant des environs de 160 après Jésus-Christ : « En faisant de telles offrandes à des idoles insensibles et sourdes, les Grecs manquent de bon sens ; les juifs, qui les présentent à Dieu en s'imaginant qu'il en a besoin, devraient bien plutôt penser que c'est là extravagance et non piété. Car " celui qui a créé le ciel et la terre et tout ce qu'ils renferment ", qui nous donne gracieusement à tous ce dont nous avons besoin, ne saurait lui-même avoir besoin de ces biens qu'il accorde lui-même à ceux qui s'imaginent les lui donner. A coup sûr, ceux qui s'imaginent lui rendre un culte par le sang, la graisse fumante et les holocaustes et l'honorer par de telles cérémonies, ne me paraissent en rien différer de ceux qui déploient la même libéralité à l'égard d'idoles sourdes qui ne peuvent prendre part à ces  honneurs. S'imaginer faire des présents à Celui qui n'a besoin de rien ! »

La deuxième conséquence c'est que nous sommes TOUS appelés au sacerdoce : comme le dit 1Pierre 2,9 : ... vous, vous êtes (...), la communauté sacerdotale du roi, ...

Par définition, un prêtre est celui qui sacrifie. Si nous sommes prêtres nous devons sacrifier. Mais quoi ? Le sacrifice que Dieu attend de nous est celui dont parle Paul en Romains 12,1 Je vous encourage donc, mes frères, au nom de toute la magnanimité de Dieu, à offrir votre corps comme un sacrifice vivant, saint et agréé de Dieu ; voilà quel sera pour vous le culte conforme à la Parole. Dieu veut toute notre vie. Toute notre confiance. Il veut que nous l'aimions en esprit et en vérité (Jean 4,24), avec tout notre cœur, toute notre âme, toute notre force (Deutéronome 6,5).

Plus besoin d'autel en pierre pour sacrifier. Plus besoin d'un clergé pour savoir sacrifier. Notre vie, c'est à dire pour être concret : le travail de notre amour (1Thessaloniens 1,3), nos œuvres bonnes (Ephésiens 2,10 ; Tite 2,14 etc...), sont nos offrandes à Dieu sur l'autel de notre vie. Nous sommes là pour être des héros, comme notre maître. C'est cela porter sa croix et suivre Jésus. Ce doit être notre style de vie quotidien (Luc 9,23).

Troisième conséquence, il n'y a plus ni sacré ni profane : dans les religions antiques, on cantonne le(s) dieu(x) dans des temples qui sont des endroits sacrés. On lui offre des sacrifices pour qu'il nous aide ou pour qu'il nous laisse tranquille. Puis on retourne à la vie normale, où le dieu n'est plus là. On a souvent peur du dieu et de ses réactions, et il est bon de le laisser dans son monde pour que nous nous vivions tranquille dans le nôtre. Les temples sont des lieux sacrés, les prêtres sont des personnes consacrées et il existe même des jours sacrés, des objets sacrés (5) et parfois des animaux sacrés ! Comme s'il y avait des lieux, des personnes et des périodes plus proches de Dieu que les autres.

La loi juive, le temple juif, les fêtes juives, étaient une ombre (Colossiens 2,17) ou une esquisse (Hébreux 10,1 TOB) des réalités à venir. Ces réalités sont venues avec le sacrifice héroïque du Christ qui ouvre une porte dans toute barrière (celle du temple mais surtout celle du péché) afin que tous en tout temps avec tout ce qu'ils sont et tout ce qu'ils possèdent, puissent se tourner vers Dieu sans obstacle (cf Actes 15,19 ; Colossiens 2,16 ; Galates 4,8-11 ; et bien d'autres)

Questions pour méditer :
- Combien de fois par an dois-je aller à l’église ?
- Quels sacrifices me demande Dieu ?
- Suis-je un héros pour Dieu ?
- Qu'est-ce qui est sacré pour moi ?
- Quelle est la taille de mon Dieu ? Tient-il dans un temple ? Dans un temps ? Dans un rituel ? dans une tradition ?


Notes

1) C'est ce qu'explique le Catéchisme de l'Eglise Catholique (Ed. PLON, 1992, p135, paragraphe 614) : Ce sacrifice du Christ (…) est (…) offrande du Fils de Dieu fait homme qui librement et par amour, offre sa vie à son Père par l'Esprit Saint, pour réparer notre désobéissance.
Il faut cependant relativiser l'importance de ce discours au sein de l'Eglise Catholique elle-même. Depuis Vatican II la liberté d'expression dans l'Eglise Catholique est plus grande et nombreux sont les Catholiques qui récusent cette interprétation de la bible basée sur les conclusion du concile de Trente au XVIe siècle.

2) Les chapitres 1 à 39 d'Esaïe relatent la prédication et l'action du prophète Esaïe aux alentours de 740 av JC.

3) Osée a prêché aux alentours de 750 dans le Nord du Pays.

4) Datant des environs de 160, cette épître anonyme est adressée à un païen de haut rang. On ignore tout de son auteur.

5) De la nourriture sacrée, des autels sacrés, des images ou icônes sacrées, des vêtements sacrés, de l'eau sacrée, de l'encens sacré et plus encore : médailles, reliques, langages, formules, croix, tiares, vaches, chats, etc...

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